Page:Béland - Mille et un jours en prison à Berlin, 1919.djvu/192

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
189
EN PRISON À BERLIN

Cette nouvelle foudroyante m’arracha une expression de regret :

— « C’est regrettable », dis-je…

L’officier se redresse, un éclair traverse son regard, et il me dit :

— « Nicht fur uns. » — (Pas pour nous.) — « Nicht fur uns. »  

— « Je désirerais seulement vous faire remarquer qu’il est déplorable qu’un militaire de la valeur de Lord Kitchener, au lieu de trouver une mort glorieuse sur le champ de bataille, ait péri de cette manière. »

— « Nicht fur uns ! Nicht fur uns !! » répétait le Prussien.

Des mois et des mois s’écoulèrent. L’officier avait évidemment oublié ce colloque qui avait eu lieu entre nous au sujet de la mort de Lord Kitchener. Or il arriva à ma cellule un bon matin avec une figure où la tristesse était empreinte :

— « Savez-vous la lugubre nouvelle ?… Richthofen est tombé ! »

Richthofen, on s’en rappelle, était le fameux aviateur qui en était arrivé, — au compte de l’Allemagne du moins, — à sa 75ième victoire aérienne.

— « Oui, Richthofen est tombé ! N’est-ce pas regrettable ? »

Je n’hésitai pas un instant, et je lui rétorquai :

— « Nicht fur uns ! »