Page:Baillon - Par fil special, 1924.djvu/111

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


y eut une Course de Six Jours. Pour tenir, les coureurs se groupent par deux et se relaient. Plus endurant, Ranquet tint bon, tout seul, avec sa copie pendant six jours et six nuits. Aux dernières heures, amaigri de cinq kilos, il trouva la force d’ameuter les populaires, parce qu’on infligeait, à son favori, quelques francs d’amende qui ne lui semblaient pas mérités. On cassa des banquettes.

Cette fois, les patrons intervinrent :

— Vous nous ridiculisez, Monsieur Ranquet. Vous n’irez plus aux vélodromes.

— Mais, Louis… Voyons, Georges…

— Non, Monsieur Ranquet.

Quant aux courses que le reporter suit en auto le long des routes, elles lui sont interdites aussi, parce qu’un jour, de sa voiture, où flottait la banderole de l’UPRÈME, Ranquet poussa des « Hardi ! Allez ! » si violents qu’un bougre de coureur ne sut plus où donner de la tête et l’envoya contre un arbre, où il resta pour mort.

C’est un autre qui va. Un « crétin » comme de juste. Et Ranquet qui serait si heureux de voir, seconde par seconde, ce que font ses cyclistes, doit se contenter de ce que le « crétin » lui en dicte, mot par mot, à travers un cornet, au bout d’un fil :

— Plus souvent, que je resterai dans cette boîte. Demain, je…

Sorti de ces rubriques, Ranquet raconte quelquefois des souvenirs.

— En ce temps, le journal n’allait pas fort. Petit format, quatre pages, pas de réclame.