Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/32

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Troisième conception de la peine, celle que nous attribuons aux partisans d’une peine humanitaire.

La prison conçue comme privation de toute liberté les gêne plus que d’autres. Ils ne demandent qu’une seule petite chose : que la punition fasse du bien au prisonnier. La Société y trouverait forcément son compte, ajoutent-ils angéliquement.

Ils savent qu’on est entré dans une période résolument barbare et ne s’étonnent pas de voir les penseurs de notre temps — mais aussi de petits malfrats et de hauts magistrats — assumer très cyniquement ce que l’on n’osait plus dire au XIXe siècle : oui, ce qu’on appelle faire justice est une vengeance, la victime a raison de vouloir faire payer son agresseur.

Cette idée les incommode parce que tout pétris d’éthique qu’ils soient et donc attachés comme nous l’avons dit à l’idée de culpabilité, ils ne sont plus toujours persuadés (sauf dans les délits sexuels car beaucoup sont puritains) que la faute incombe à l’accusé ; comme Durkheim, ils pensent qu’on peut faire baisser la délinquance en modifiant des facteurs sociaux : il en résulte que les vrais coupables ne sont pas ceux qu’on retrouve devant les tribunaux, mais les « décideurs » qui refusent de faire de la prévention.

Ils veulent une bonne prison, une prison qui pourrait être un fantastique centre de formation : ils y verraient bien des cours d’instruction civique où l’on enseignerait le respect des autres, l’antiracisme, la citoyenneté, la solidarité, la civilité et tutti frutti. Comme la plupart des directeurs de l’administration pénitentiaire, ils pensent que les peines actuelles sont trop longues et que trop de frustration sexuelle n’est pas une bonne chose. Ils sont favorables à ce que les sortis de prison aient le droit de retrouver une carte d’électeur. Bref, ils réclament une prison à visage humain. Du XVIIIe siècle, ils ont hérité une indéracinable foi en l’Homme.

Dans Émile, Rousseau (1712-1778) leur apparaît comme tolérant pour les malheureux qui commettent des actes répréhensibles. Ainsi, dit le tendre auteur, un enfant qui casse un carreau de sa