Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/33

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chambre n’a qu’à dormir dans le froid (à notre avis il comprendra plutôt qu’il vaut mieux casser les carreaux du voisin ou se méfier des jeux de ballon en hiver). L’enfant méchant est puni du fait même que les autres ne veulent plus jouer avec lui : la faute entraîne inéluctablement des conséquences naturelles pénibles pour le coupable.

Dans le Contrat social, publié pratiquement en même temps, Jean-Jacques est un rien plus sévère : « Le traité social a pour fin la conservation des contractants. Qui veut la fin veut aussi les moyens, et ces moyens sont inséparables de quelques risques, même de quelques pertes. […] Tout malfaiteur, attaquant le droit social devient par ses forfaits rebelle et traître à la patrie, il cesse d’en être membre en violant ses lois […] Les procédures, le jugement, sont les preuves et la déclaration qu’il a rompu le traité social, et par conséquent qu’il n’est plus membre de l’État. Or comme il s’est reconnu tel, tout au moins par son séjour, il en doit être retranché par l’exil comme infracteur du pacte, ou par la mort comme ennemi public […] » [1] Rappelons que deux ans plus tard, Cesare Beccaria publiera son Traité des délits et des peines où il s’insurgera contre la peine de mort.

Hobbes avant Rousseau avait parlé de la délinquance comme d’une guerre, mais Rousseau justifie son mépris des vaincus par sa conception de la loi qui seule peut rendre l’homme libre, il sera ainsi le grand inspirateur de la morale kantienne.

Si Rousseau a toujours bonne presse dans les milieux humanitaristes, c’est pour sa sensibilité, mais les Lumières, auxquelles on ne peut intégrer Rousseau qu’en lui faisant violence, les enthousiasment toujours autant. Rousseau aurait exécré être assimilé à ce mouvement qui croyait tant au progrès. De nos jours encore, les humanitaristes libéraux s’imaginent vraiment que les progrès techniques ne peuvent qu’entraîner un progrès contre tout mal. Ils participent d’une « humanité en marche ».

  1. Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, chapitre V. C’est moi qui souligne.