Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/44

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fin aux vengeances privées. Échec sur toute la ligne. Le châtiment pénal engendre un besoin de se venger qui se retourne contre des tiers. L’homme humilié bat sa femme qui frappe les gosses qui maltraitent le chien qui mord n’importe qui.

La peine infligée par un tribunal va jusqu’au bout d’une violence institutionnelle qui appelle forcément une réponse.

Il nous faut renoncer à cette chimère d’une vengeance qui, assumée par l’État à la place des particuliers, en serait plus pure, plus désintéressée. Elle n’est guère plus reluisante ni plus intelligente que l’autre. Quand la Justice punit un voleur, elle entretient chez tous les voleurs le besoin de se venger. Quand elle s’attaque à un « sauvageon », elle ensauvage la cité.

L’idée d’une Justice qui rend le mal pour le mal ne peut être défendue qu’au mépris de toute justice.


Gardons cependant dans un coin de notre tête que certaines personnes ont toujours considéré l’esprit de vengeance comme leur étant étranger, elles préfèrent ignorer l’offenseur (voire l’oublier), lui pardonner ou exiger des explications. Et si par ailleurs la tentation de se venger reste commune, tout le monde n’y succombe pas forcément.

Sans pour autant ôter à un tiers supposé neutre le droit de grâce, on pourrait aussi le confier à toute victime qui voudrait gracier son agresseur, s’il était du moins possible qu’elle échappât aux pressions d’où qu’elles vinssent. En revanche, enfoncer des gens dans le lisier du ressentiment en leur donnant le droit de veto sur les adoucissements de la peine apparaît comme une turpitude qui flatte les plus rances des rancunes.

Personne n’est à l’abri de la haine ni de la bêtise. Peut-être n’est-il cependant pas absurde d’espérer être de temps en temps à la hauteur de l’estime qu’on aimerait avoir de soi, échapper à la racaille bien-pensante. Plus un fait divers est sanglant, plus il attise la curiosité des gens de bien. Le public raffole des crimes,