Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/59

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Là il tombera entre les mains des psychiatres et pas n’importe lesquels ; impossible désormais de compter les jours : personne ne peut savoir s’il sortira[1] et surtout dans quel état car on n’hésite jamais à donner de très hautes doses de neuroleptiques à ceux qui sont catalogués comme « fous dangereux ».

On ne saurait cependant faire trop de publicité au jugement rendu par la Cour européenne qui condamnait la France en 1997 à verser à G.L. 230 000 francs de dommages et intérêts arguant que « la dangerosité potentielle d’un individu sur le plan criminologique ne peut justifier son internement à l’issue d’un emprisonnement pénal qui a sanctionné ses agissements. Or tout laisse à penser qu’à l’approche de la libération prochaine du premier requérant les autorités ont voulu éviter de le remettre en liberté et voulu prolonger sa détention par d’autres moyens. Au vu des pièces du dossier, la Commission arrive donc à la conclusion que l’internement du premier requérant a été détourné de sa finalité pour prévenir une récidive de sa part, en dehors des conditions posées par l’article 5 paragraphe l(e) de la Convention. Or, dans une société démocratique adhérant à la prééminence du droit, une détention arbitraire ne peut jamais passer pour régulière. »[2]

J’annonçais plus haut deux sortes de torture. Après la menace de reculer indéfiniment la sortie, l’autre paraît bien primaire : les coups.

Tous les surveillants ne sont pas des brutes, mais d’honnêtes travailleurs, et comme tels beaucoup sont affiliés à des syndicats très corporatistes et puissants. Je n’entrerai pas dans leur jungle, mais il est de notoriété publique que l’un d’entre eux, au moins, est très proche de ce qu’on appelle l’extrême droite. Chaque fois qu’une plainte est déposée contre un ou plusieurs surveillants pour « coups et blessures », ils plaident la légitime défense et les juges

  1. La photo du cimetière de l’UMD de Cadillac me fait toujours dresser les cheveux sur la tête. Les trois autres UMD se trouvent à Sarreguemines, à Montfavet et à l’annexe Henri-Colin de Villejuif.
  2. Cité par Philippe Bernardet et Catherine Derivery dans Enfermez-les tous !, Robert Laffont, 2002 (sur les internements abusifs en psychiatrie).