Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/71

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l’Allier avant de connaître les centres de détention de Caen ou de Muret, près de Toulouse, en passant par Val-de-Reuil dans l’Eure, etc. Les plus à plaindre sont les mères dont deux fils ont été condamnés pour une même affaire, l’un peut être à Poissy et l’autre à Lannemezan dans les Pyrénées. À chaque transfert, « celles qui suivent » abandonnent un logement[1], un travail. Mais de tels héroïsmes sont très rares, n’oublions pas que la grande majorité des détenus ne reçoivent pratiquement jamais de visites, ou éventuellement, une fois l’an, d’une sœur en vacances dans la région. Les hommes viennent rarement au parloir ; à Rennes aussi, dans la centrale des femmes, il y a toujours bien plus de visiteuses que de visiteurs.

Si des mères aiment comme elles peuvent leur enfant en prison[2], d’autres parents en revanche renient très officiellement leur fils ou leur fille et le font savoir par voie de presse. C’est toujours un choc pour le détenu. Car, par-dessus tout, dans sa déréliction, il voudrait un peu d’amour.

Si quelques-uns vivent d’éminentes (et éphémères) passions platoniques, les autres — et les mêmes aussi d’ailleurs — sont condamnés à une sexualité crasseuse.

Ce sont les cassettes porno diffusées en salle commune, les magazines cochons devant lesquels on s’esclaffe en compagnie des gardiens, la masturbation quand on peut encore ; souvent les détenus ont peur d’une impuissance que le médecin s’ingénie à qualifier de passagère. C’est juste le temps de la détention. Après ça s’arrange. Et l’homme de vingt-cinq ans de s’interroger sur la vie qui lui est réservée à sa sortie autour de la cinquantaine. Parmi les humiliations les plus révoltantes de la taule, le viol constant de toute pudeur. Vous devez vous exposer nu, être « fouillé à corps », aller aux toilettes devant ceux qui partagent votre cellule, prendre une douche sans porte, vivre sous les

  1. J’en ai connu deux qui avaient pris le parti de vivre en caravane.
  2. J’ai vu de ces rencontres où mère et fils passaient tout le temps du parloir en silence, tête baissée sur leur immense pauvreté. Chaque semaine.