Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/73

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mal à quoi riment les courtes peines. Les longues peines au contraire correspondent parfaitement à une volonté collective de meurtre. On élimine ceux qui gênent comme fait n’importe quel truand.

Si la peine de mort a disparu en Europe[1], c’est qu’elle était trop exceptionnelle. Ce n’était pas la mort qui semblait indécente, mais toutes les simagrées qui entouraient ici la guillotine, là le gibet. Les exécutions capitales exercent toujours leur séduction. La mort passe même pour progressiste quand des révolutionnaires voulant un monde plus juste envisagent toujours sereinement de la donner aux ennemis de leur liberté. Et si l’on trouve que faire couler le sang ou le brûler par électrocution est barbare, qu’à cela ne tienne, les piqûres létales sont propres et dans le vent.

Cependant on ne peut pas tuer tous les coupables. C’est malheureux mais il faut bien modérer ses ardeurs, ne serait-ce que parce que beaucoup de gens convenables abusent sans trop le savoir des biens d’autrui. Il faut donc qu’il y ait peine et peine. Ainsi la prison est-elle la mort idéale puisqu’elle élimine en masse ceux que, par la mort physique, la Société ne pourrait tuer qu’en très petit nombre. Économie d’émotion.

On supprime les délinquants : c’est cela le rêve de la prison idéale. La prison est un succédané de mort. Pendant qu’ils sont retranchés de notre vie, on peut dormir tranquille. Et pour être sûr de ne pas se faire avoir par les bonnes âmes, on a inventé une super-peine : la peine de sûreté. Le tribunal, de plus en plus souvent, la prononce avec le verdict, elle empêche le détenu, à mi-peine, de demander avant son expiration une libération, une commutation ou une permission. Les longueurs démesurées de cette peine de sûreté comptent bien plus aux yeux du condamné que la sentence. Quels que soient son comportement, son état, il fera au moins « le temps de la sûreté ». C’est une perversion du système pénal contemporain, une gracieuseté accordée à la vox populi persuadée qu’« ils prennent vingt ans et n’en font que cinq » alors que déjà,

  1. La Biélorussie est le seul pays du continent à l’avoir gardée.