Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Que celui qui n’a pas d’argent s’en procure d’une manière ou d’une autre, c’est bien compréhensible. Beaucoup plus perturbant celui dont la prison a fait un déséquilibré. De même que dans un hôpital psychiatrique, on reçoit des gens particulièrement angoissés et que tout est fait pour les angoisser encore, de même en prison on prend des hommes excités et tout, absolument tout, concourt à les énerver davantage.

Cette mise à l’écart pour quelque temps des délinquants est une pure superstition. La prison ne nous protège en rien du tout. Statistiquement, il y a, pour chacun de nous, bien plus de probabilités de se faire agresser par quelqu’un qui n’a jamais fait de prison que par un délinquant reconnu comme tel. Notre agresseur, par-dessus le marché, a de bonnes chances de n’être pas forcément de ces perdants qui se font arrêter.

On peut se demander d’où vient cette croyance insolite selon laquelle on met les individus dangereux en cage pour qu’ils deviennent inoffensifs. Aussi saugrenu que cela paraisse, un bon nombre voient dans la prison une sorte de sombre retraite où le remords taraudant le délinquant fabriquerait un être fichu mais à jamais incapable de reprendre une activité criminelle.

Non seulement la contrition n’est que le vœu pieux de quelques dames et messieurs d’œuvre, mais — sauf cas particuliers sur lesquels nous reviendrons — lorsqu’un condamné vient à résipiscence, on a quelque raison de s’inquiéter d’une possible dégradation de sa santé mentale. De toute façon un détenu n’a pas la liberté d’esprit nécessaire à une introspection sensée. Quel que soit le délit ou le crime, on ne peut que citer les propos du Père Mabillon, bénédictin, qui disait au XVIIe siècle en parlant des « in pace »[1] : « Si une année ne suffit pas pour corriger un religieux, plusieurs années ne serviront qu’à le rendre pire. »

  1. Les « in pace » (en paix) étaient les cachots où, dans les monastères et abbayes, on enfermait les clercs, religieux et religieuses récalcitrants ou mal soumis condamnés par les tribunaux d’Église. En France, ils furent supprimés à la Révolution. Ces geôles se sont maintenues au XIXe siècle en Italie, en Espagne et en Amérique latine. L’Espagne est le dernier pays à les avoir supprimées en 1976.