Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/78

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Que des êtres d’exception profitent de la prison pour étudier le droit ou apprendre la menuiserie, c’est du détournement de haut vol, du grand art.

En prendre prétexte pour justifier la prison serait comme si au début du siècle des gens avaient milité pour la préservation de la tuberculose en Europe sous prétexte qu’alors de grands écrivains avaient profité de leur long internement en sanatorium pour écrire.


Le besoin de sécurité est réel et il est aussi inepte que risqué de se moquer de la peur des plus faibles et des plus pauvres. Se servir d’elle, les tromper sur ce danger d’un monde partout en voie d’endurcissement pour y substituer le dangereux délinquant, c’est de l’impudence. La prison ne met en sécurité personne, elle génère agressivité et rancune. La vengeance ne peut appeler que la vengeance.

Que le violeur soit séquestré, humilié, battu, condamné au suicide ne mettra personne à l’abri du viol. La question n’est pas « Comment punir ? » mais « Comment n’être jamais ni violeur ni violé ? ». Ce n’est pas notre propos. Nous nous bornons à dire que la prison d’aucune manière ne résout, si peu que ce soit, le problème de l’insécurité mais qu’elle l’aggrave à un point tel qu’ouvrir toutes les prisons dès maintenant éviterait assurément une escalade prévisible de la violence dans les années à venir.


Réformer la prison ? Réformer un tel édifice de méthodique cruauté ?

On n’a jamais cessé de re-former le système pénitentiaire. Le réformisme est ce qui permet à la prison de durer en s’adaptant non à l’évolution des besoins des individus mais au conformisme du moment. Sans réformes, les prisons auraient disparu depuis longtemps avec le bagne.

N’est-elle pas déjà très moderne cette ordonnance de 1670 dont le premier article stipule que la sûreté des prisons ne doit