Page:Banville - Ésope, 1893.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
31
ÉSOPE



Scène sixième


ÉSOPE


Oh ! je n’ai pas rêvé. C’est bien elle. Sa bouche
De déesse a baisé mon front triste et farouche,
Sur ma tête brûlante elle vint se poser.
C’est bien vrai. J’ai senti la douceur du baiser !
Ô dieux ! mourir dans cet instant ! mourir !

(Ésope se retire dans un coin du théâtre et reste immobile, absorbé dans sa pensée. — Entre le Roi, parlant à Cydias et à Orétès qui le suivent).



Scène septième


ÉSOPE, CRÉSUS, CYDIAS, ORÉTÈS.



Crésus, aux ministres.

Ô dieux ! mourir dans cet instant ! mourir ! Que l’heure
Vous conseille ! Le temps, en fuyant, nous effleure,
Et change dans son vol nos destins. Vous étiez
Ma colère, devant les peuples châtiés,
Et vous étiez aussi ma force et ma clémence.
Tout émanait de vous dans cet empire immense,
Le bien, le mal, et dans le ciel échevelé,
La foudre se taisait, quand vous aviez parlé.
Vos mains tenaient le monde et n’étaient jamais lasses.
C’est de vous que tombaient les faveurs et les grâces
Et vous resplendissiez dans un éclat vermeil.
On se tournait vers vous comme vers le soleil.
Mais, à présent, c’est un jour nouveau qui va naître.
Tout est changé. Sachez que vous avez un maître.