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ÉSOPE


Orétès

De vivre ? Ayant au loin pourchassé des fantômes,
Après avoir si vite exploré tes royaumes,
Ésope refusa de vivre en ce palais,
Près de toi, souviens-t’en, comme tu le voulais.
Tu le sais, il habite assez loin de la ville,
Dans un lieu très désert, une maison tranquille.
Et là, seul, frémissant, et par l’ombre voilé,
Quand resplendit la nuit dans l’azur étoile,
Il veille !


Cydias

Il veille ! Ésope est un madré voleur. Il triche.
Aux dépens du trésor il est devenu riche.
L’or que tu lui donnas, en tes vaines terreurs,
Pour aller soulager au loin les laboureurs,
Il l’a volé, gardé pour lui, mis dans un coffre.
Il l’aime, il le caresse, il le couve, il se l’offre.
Et, fier de son éclat si farouche et si beau,
Les nuits, à la lueur tremblante d’un flambeau,
Il y plonge ses mains d’esclave, triomphantes.


Orétès

Hier, nos serviteurs l’ont pu voir par les fentes
De sa porte, y plongeant son visage et ses bras.
Dis qu’on aille chercher le coffre, et tu verras
Alors, si nous avons menti.


Cydias

Alors, si nous avons menti. Dis qu’on apporte
Le coffre ! — On l’a vu par les fentes de la porte.
Quoi ! n’est-ce rien, mentir, voler, trahir son Roi !
Et voilà ce qu’a fait ce grand homme !


Crésus, à Ésope, avec une profonde tristesse.

Et voilà ce qu’a fait ce grand homme ! Ô Dieux ! toi,
Ésope !

(À Ceyx et à Lichas).

Ésope ! Mais déjà la nuit tombe et dévore
Le jour. Dès que naîtra demain, l’ardente aurore,