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le sang de la coupe

Les Roses

Vierges de dix-huit ans, dénouez vos ceintures !
Versez, versez à flots vos larmes encor pures,
Penchez votre cœur plein et votre front si beau,
Dépouillez les rosiers pour orner un tombeau.
La plus belle de vous est maintenant une ombre.
C’était pour ruisseler dans la demeure sombre
Que ses doux cheveux d’or, pleins de zéphyrs tremblants,
Étaient devenus longs à cacher ses pieds blancs.
Quoi ! c’était pour l’oubli, quoi ! c’était pour la tombe
Qu’elle était fraîche et pure ainsi qu’une colombe !
Et c’était pour dormir, comme nous la voyons,
Qu’elle avait ses yeux noirs étoilés de rayons !
Hélas ! Dieu seul est grand, et connaît toutes choses.
Jeunes filles, pleurez ! vierges, cueillez les roses !
Chaste Lydie ! enfant qui souriais si bien,
Tu vis, mais dans le ciel, esprit aérien !
Certes, nous le savions, ô tendre fleur fanée !
Il nous fallait te perdre, et tu n’étais pas née