Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/23

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le sang de la coupe

Mais soudain, au milieu du ciel plein d’allégresse,
Rapide, et tout brillant de la nacre des mers,
Un char d’or, attelé de blancs oiseaux, caresse
L’azur vaste, et rayonne, éblouissant les airs.
Une femme, ou plutôt une jeune Déesse
En descend, et son pied foule nos gazons verts.

C’est Cypris. L’or divin rit dans sa chevelure.
Elle tient son grand arc ; dans sa prunelle obscure
S’ouvrent les profondeurs d’un ciel oriental ;
Sur son sein va fleurir le rosier idéal,
Et sur son dos, au lieu de sa belle ceinture,
Brillent les traits aigus dans le carquois fatal.

Dès que Cypris ouvrit sa bouche, urne choisie,
Et de ses dents de lys fit briller la blancheur
Sur sa lèvre divine où court la fantaisie,
L’air, empli de parfums, de charme et de fraîcheur,
Se teignit à l’entour d’une rose lueur,
Et la brise du soir s’imprégna d’ambroisie.

Les étoiles d’argent, moins blanches que sa chair,
Semaient de diamants sa chevelure rousse
Et faisaient resplendir son sourcil calme et fier :
Les roses l’écoutaient, assises dans la mousse.
Elle dit, d’une voix impérieuse et douce
Comme celle des flots qui chantent dans la mer :