Page:Banville - Œuvres, Le Sang de la coupe, 1890.djvu/24

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Toi que j’aime au-dessus des Cyclades humides
Et de Paphos riante où, sous mon pied nacré,
Naissent à chaque pas les boutons d’or splendides,
L’églantine sanglante et le myrte sacré,
O Paris, ciel d’amour, toi que j’ai préféré
A mon écrin chéri de vertes Atlantides !

O ville dont j’ai fait mon temple et mon autel !
J’ai voulu que vers moi, tandis que tu t’affames
De leurs yeux étoilés, plus tendres que le ciel,
Sur ma limpide mer que sillonnent des rames,
Le parfum de l’amour idéal et charnel
Montât incessamment des grands cœurs de tes femmes !

J’ai baigné dans ton air mon corps passionné ;
Et secouant sur toi, parmi les blonds zéphyres,
Ma ceinture d’azur et d’or, je t’ai donné
Pour t’enivrer du vin des pleurs et des sourires,
Un harem éternel de cent mille hétaïres
Plus belles que Laïs, Aspasie et Phryné.

Je t’ai donné Mailly, Gabrielle, Fontanges,
Diane, à qui ma sœur prête son divin nom,
Et Margot qui fut reine, et cette sœur des anges
La Vallière aux yeux bleus, que pleura Maintenon,
Et Marion la folle, et la sage Ninon
Qui s’enivra cent ans d’amour et de louanges ;