Page:Banville - Œuvres, Les Exilés, 1890.djvu/25

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Frappant leur sein de neige et pleurant les tourments
Des grands Dieux, vers le ciel tordent leurs bras charmants.
Leur douleur, en un chant d’une fierté sauvage,
S’exhale avec des cris de haine, et du rivage
Écoutant cette plainte affreuse, à leurs sanglots
Aphroditè répond, fille auguste des flots !
  Ô douleur ! son beau corps fait d’une neige pure
Rougit, et sous le vent jaloux subit l’injure
De l’orage ; son sein aigu, déjà meurtri
Par leur souffle glacé, frissonne à ce grand cri.
Le visage divin et fier de Cythérée,
Dont rien ne peut flétrir la majesté sacrée,
A toujours sa splendeur d’astre et de fruit vermeil ;
Mais, dénoués, épars, ses cheveux de soleil
Tombent sur son épaule, et leur masse profonde
Comme d’un fleuve d’or en fusion l’inonde.
Leur vivante lumière embrase la forêt.
Mêlés et tourmentés par la bise, on dirait
Que leur flot pleure, et quand la reine auguste penche
Son front, dans ce bel or brille une tresse blanche.
  Les larmes de Cypris ont brûlé ses longs cils.
Frémissante, elle aussi déplore les exils
Des grands Dieux, et, tandis que les Océanides
Gémissent dans la mer stérile aux flots rapides,
Elle parle en ces mots, et son rire moqueur,
Tout plein du désespoir qui gonfle son grand cœur,
Dans l’ombre où le matin lutte avec les ténèbres,
Donne un accent de haine à ses plaintes funèbres :