Page:Banville - Socrate et sa Femme, 1886.djvu/32

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Xantippe.

Bon appétit, Myrrhine ! Ah ! Xantippe ! C’est beau !
Me voilà. Je serai votre porte-flambeau !
Ah ! coquine ! Ah ! menteuse ! Ah ! chienne ! Ah ! scélérate !
Voleuse ! Tu venais injurier Socrate,
Et faire ici du bruit pour ton mari perdu !


Myrrhine.

Je lui disais…


Xantippe.

Je lui disais… Merci, j’ai très bien entendu,
Myrrhine ! Tu t’y prends de la belle manière.
Tu venais réclamer ton mouton à crinière,
Ton cher Dracès ! Ah ! cœurs de femme, êtes-vous laids !
Ton mari ! C’est très bien le mien que tu voulais.
Mais je comprends : il t’en faut deux, peut-être quatre.
Imitant la voix et la démarche de Myrrhine.
Je viens l’injurier !
Je viens l’injurier ! Reprenant sur son ton naturel.
Je viens l’injurier ! Tu parlais de le battre,
De faire du tumulte et de tout jeter bas.
Ah ! par Hécate ! c’est à beaux bras que tu bats !
Cette façon de battre est aimable et gentille,
Mais tu vas voir comme on s’y prend dans ma famille !

Xantippe veut se précipiter sur Myrrhine ; mais Socrate arrête sa femme, la prend dans ses bras et l’y retient captive.

Socrate, tenant Xantippe.

Tout beau. Là. Calme-toi, ma femme.


Xantippe, essayant en vain de se dégager.

Tout beau. Là. Calme-toi, ma femme. Laisse-moi,
Toi, philosophe ! Il a pour elle de l’effroi !
Et, comme c’est toujours la sagesse qu’il cherche,