Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/114

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vait donné aucune prise sur elle. Elle n’avait montré ni amour blessé, ni ressentiment en apprenant le mariage qui, selon les prévisions de la comtesse et du vicomte, lui devait faire pousser des cris d’aigle abandonnée ! Depuis sa première visite, M. de Prosny était retourné chez la créature, comme disaient ces aristocrates de naissance et d’hypocrite moralité ; mais avec sa taquine finesse, le tact animal de la femme, qu’elle possédait à un degré très éminent, la créature avait dépisté le très noble et le très rusé vicomte. Il ne savait pas la rupture consommée de gré à gré entre les deux amants. « Marigny — disait-il à madame d’Artelles et à madame de Flers qui lui laissaient son franc parler — aura donc une jeune femme et une vieille maîtresse. J’ai connu de ces palais blasés qui revenaient au piment, après avoir mangé des ananas. » Ces dames se récriaient à ces horribles paroles, mais elles étaient une raison de plus pour que la marquise de Flers prît enfin une résolution.

Elle la prit en femme d’esprit et de cœur qu’elle était. Elle abandonna ce système de ruses, d’espionnage, de fausse finesse, qui avait tenté madame d’Artelles, et elle pensa qu’il valait mieux aller droit à la difficulté et vivement. Elle s’arrêta à ce qu’il y avait de plus simple, et abandonna sans efforts toutes les petites