Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/132

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resse, maintenant que je ne la crains plus. J’aurais désiré la rencontrer à l’Opéra. Savez-vous que j’y suis allée un peu pour elle ?… C’est tout simple. Les femmes n’existent que par l’amour. Celle qui s’est fait aimer dix ans, a fait preuve d’une puissance dont on espère saisir le mot sur son front.

— Vous auriez peut-être été bien surprise, — fit Marigny en souriant. — Vous êtes plus spirituelle que les autres, et par cela seul auriez-vous vu davantage ; mais ce qui est certain, c’est que Vellini ne justifie pas, aux yeux de la plupart, l’immense empire qu’elle exerce sur quelques-uns.

— Vous qui avez été de ces derniers, — dit la marquise, — vous avez donc été furieusement victime ! Vous victime, monsieur de Marigny ! c’est incroyable après tout ce qu’on dit de vous !

— Mon Dieu ! — dit Marigny, — c’est comme cela. Seulement, nous l’avons été tous deux, à tour de rôle. Elle ne l’a pas été plus que moi, moi plus qu’elle. Ce serait une triste histoire à raconter.

— Racontez-la-moi, — fit-elle avec les deux yeux allumés de la convoitise intellectuelle.

— À quoi bon ? — répondit-il.

— Si ! — dit-elle, — ce sera de la confiance ; tout ce qu’on peut avoir pour une vieille