Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/142

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« Je ne relevai pas le mot. Je regardais avec beaucoup d’attention. Ce que je voyais ne m’émerveillait pas. Figurez-vous, marquise, une petite femme, jaune comme une cigarette, l’air malsain, n’ayant de vie que dans les yeux, et dont tout le mérite aperçu par moi était dans un bras rond et fin tout ensemble, qu’elle venait d’ôter de sa mitaine et qu’elle avait étendu avec plus de langueur que de coquetterie sur le rebord de la calèche. Elle était vêtue de noir et si enveloppée dans une mantille qu’elle avait ramenée par-dessus sa tête, que je ne pus me faire une idée de sa tournure. L’un des domestiques abattit le marchepied et je crus qu’elle allait se lever et descendre, mais, nonchalance ou fatigue, elle fit signe à son mari qu’elle voulait rester et le domestique alla chercher des sorbets.

« Marquise, j’étais dans les premiers moments d’une jeunesse pleine de force. J’aimais les arts. Je lisais les poètes. J’étais fanatique de la beauté des femmes. Tous les choix que j’avais faits dans ma vie respiraient la fierté d’un homme qui ne s’enivre que de choses relevées, que des nectars les plus purs et les plus divins. Cette femme que me montrait de Mareuil me parut indigne d’arrêter seulement le regard, et je le traitai d’extravagant.