Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/143

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« — C’est possible, — répondit-il avec plus de tristesse que je n’en attendais d’un homme comme lui, — mais vous pourriez bien extravaguer comme moi demain.

« Je me mis à rire assez haut, et, je dois le dire, à la distance où nous étions d’elle, assez impertinemment pour madame Annesley, qui avalait son sorbet avec l’impassibilité d’un vieux Turc, sourd et aveugle.

« — Mon cher, — dis-je à de Mareuil, — vous n’êtes pas assez âgé ou assez Anglais pour vous permettre de tels caprices. C’est vraiment un goût dépravé que vous avez là.

« — Prenez garde, — me répondit-il, — vous avez la voix très sonore, surtout dans l’air de cette belle nuit. Elle peut vous entendre, et Dieu me damne ! je crois qu’elle vous a entendu.

« Le fait est que la Malagaise avait tourné les yeux sur moi, — des yeux fixes, aux cils immobiles, dardant le mépris, le courroux froid, l’offense. Entre hommes, un tel regard valait un coup d’épée ; entre homme et femme, il valait un regard pareil. Je le lui jetai. Mais en vain. L’œil fauve de la Malagaise resta, sous le mien, ferme et altier. Elle avait fini son sorbet. Sir Reginald donna un ordre au domestique. La voiture partit, prit la rue de Grammont au grand trot, et disparut.

« — Oui, elle vous paraît laide, — dit le