Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/165

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fermetures d’intelligence et de sensibilité si complètes, qu’elle devait peut-être rester inaccessible autant à la séduction qu’à l’amour. Ah ! marquise, quelle atroce souffrance quand on sent retomber sur son âme toutes les facultés qui servent à nous faire aimer et que voilà désormais inutiles et même insultées, parce que la femme qui est notre malheur et notre destin échappe bêtement à leur prestige ; parce qu’à ses yeux aimés, quoique stupides, les choses de la pensée, les grâces souveraines de la parole, tout ce qui nous fait les rois des âmes, ne sont pas plus que les chefs-d’œuvre des arts dans les mains barbares d’un Esquimau ou d’un Lapon !… Je retournai à l’hôtel de Mareuil et je me présentai chez sir Reginald Annesley. Je ne fus point reçu. Sir Reginald vint le lendemain jeter une carte chez moi, mais ni ce jour-là, ni les suivants, je ne pus parvenir jusqu’à madame Annesley. Le comte de Mareuil m’avertit que c’était un parti pris par elle ; qu’elle ne me recevrait jamais, que son antipathie pour moi n’avait qu’augmenté à ce souper où elle avait si bien changé mes impressions.

« Elle aura probablement parlé de l’amour que vous lui avez si soudainement montré. Elle aura fait ce qu’elles savent si bien faire, quand elles le font, — ajouta de Mareuil, en-