Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/171

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ture, quand à mon tour je sortis de l’église… Je n’avais même pu effleurer sa robe ; et lorsque je m’avançai vers la calèche où elle s’était recouchée, elle partait, la figure à moitié cachée par le bouquet de genêts et de jasmins d’Espagne dans les parfums duquel — comme dans cet Office du soir auquel elle venait d’assister — elle cherchait peut-être des sensations et des souvenirs de son pays… Vous avouerez, marquise, que si elle avait l’intention d’aiguillonner l’amour par la contradiction et par le mystère, elle s’y prenait avec la science de la plus admirable coquette. Mais ce n’était pas une coquette ! c’était une femme vraie ; vous allez voir.

« Ai-je besoin de vous dire qu’amoureux comme j’étais, outré comme j’étais d’être rejeté loin de cette femme incompréhensible qui m’avait excommunié de sa vie, je lui avais écrit, ne pouvant lui parler, tentant encore, au risque de la compromettre vis-à-vis de son mari, cette dernière chance de l’intéresser à la passion que j’avais pour elle ? J’avais hasardé une vingtaine de lettres, avec l’espérance insensée de ces Italiennes qui mettent à la poste des Jésuites à Rome celles qu’elles écrivent au bon Dieu. Mais Dieu eût plus répondu qu’elle. Et toutes mes lettres m’avaient été renvoyées avec la plus insolente ponctualité.