Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/172

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« Cependant un parti si bien pris de m’éviter et de repousser tout ce qui pourrait venir de moi, commença à me désespérer. Si elle avait toujours été une vertu farouche, j’aurais cru l’apprivoiser à la fin. Mais c’était une fille du Midi, aux veines noires et pleines, née d’un amour coupable dans le pays de la vie, et qui n’avait jamais — disait-on — économisé, par principe, sur ses fantaisies. Ces êtres-là sont invincibles quand ils s’avisent de résister. Mon amour-propre ne pouvait se donner de consolation d’aucune sorte. Il était bien avéré que si elle me fuyait, c’est que je lui déplaisais aussi réellement qu’elle me l’avait dit. Je n’étais pas aimé. Quel coup de foudre à mon orgueil ! Mais aussi quel coup de foudre à toute mon âme ! car je l’aimais, moi !… Ce que je sentais n’était pas un désir mordant qui prend le cœur et puis le laisse, accablé devant l’impossible. C’était un amour qui me brûlait le sang et la pensée ; c’était le faisceau de tous les désirs en un seul. Et quant à l’impossible, j’aurais bravé, Dieu me damne ! jusqu’à la volonté de Dieu. Ma chère marquise, si je vous racontais mes sentiments plus que les événements de cette histoire, je ne pourrais vous dire fidèlement ceux de cette époque de ma vie, tant ils furent affreux ! Il me semblait que j’avais un cancer au cœur… Ah ! n’être