Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/174

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une expression qu’on trouverait bien brutale à présent : Je voulais l’avoir à tout prix. Tantôt je pensais à m’introduire chez elle la nuit, comme un voleur, et à lui mettre le pistolet sur la gorge, ainsi que l’avait fait le colonel de Naldy à la belle marquise de Valmore, qui s’était exécutée avec une grâce de lâcheté bien digne de nos jours corrompus. Tantôt je projetais de l’enlever de vive force, comme si c’était chose facile que d’enlever malgré elle une femme qui était toujours accompagnée et ne sortait jamais à pied. Évidemment, j’extravaguais.

« Un matin, j’étais sorti d’assez bonne heure à cheval, pour rompre un peu par le mouvement avec l’insupportable idée fixe qui me dévorait. J’étais, d’instinct ou d’habitude, allé du côté où la Malagaise promenait chaque jour ses loisirs nonchalants, dont, au nom de l’amour comme de la vengeance, j’eusse tant désiré faire de cruels ennuis. Je m’étais avancé assez loin dans Passy, comptant bien me rabattre sur le Bois de Boulogne, où circulent les promeneurs élégants de l’après-midi et où j’avais chance de voir filer la calèche noire et bleue qui me passait tous les jours, régulièrement à la même heure, ses moqueuses roues sur le cœur. J’étais arrivé dans cette partie de Passy qui se creuse comme un ravin et dont la