Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/181

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moitié chemin le poignet délié qui s’était relevé comme la foudre pour retomber et frapper une seconde fois.

« De main de femme, tout soufflet est un avantage pour qui comprend sa position.

« — Ah ! c’est assez comme cela, ma belle Clorinde, — lui dis-je, en souriant sous ma balafre, n’ayant plus que la plaisanterie française à opposer à cette furie espagnole. — Vous marquez trop fort à la première fois les choses qui vous appartiennent, pour qu’elles ne puissent pas très bien se passer d’une seconde empreinte.

« Je lui tenais son petit poignet qui se tordait, qui se crispait dans ma main fermée. Elle aurait voulu l’arracher. Impossible ! Elle aurait voulu me voir furieux de ma blessure, et je plaisantais. J’étais le plus fort. J’étais son vainqueur ; j’étais son maître. Ses sensations étaient inexprimables. Ce que j’avais manqué d’abord, je pouvais le recommencer. En lui tenant la main dans la mienne, je la repris à la taille du bras que j’avais libre. Je l’étreignais. Elle se débattait. Nos chevaux se choquaient, se mordaient. On eût dit le combat corps à corps de deux ennemis acharnés. Au fait, elle était mon ennemie !

« — Reginald ! Reginald ! — se prit-elle à crier de toutes ses forces.