Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/182

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« — Señora, — lui dis-je, — c’est pis qu’un coup de cravache, un pareil nom ! je vais l’étouffer sur vos lèvres.

« Et quoiqu’elle se renversât jusque sur la croupe de son cheval pour éviter mon baiser de vengeance, elle allait pourtant le recevoir, quand un poing fermé et lourd comme s’il avait été couvert d’un gantelet, me frappa si violemment sur l’épaule qu’il me fit chanceler sur ma selle.

« Je me retournai. C’était sir Reginald Annesley que je n’avais point entendu venir dans ma lutte avec la Malagaise. Sa violente intervention était une injure et une attaque. Et d’ailleurs, elle l’avait appelé, appelé à sa défense contre moi ! Il paya pour deux, pour lui et pour elle, et je lui rendis sur la figure le coup de cravache qu’elle m’avait donné.

« Alors, avec ce flegme britannique qui est aussi une éloquence, le baronnet tira de sa poche deux petits pistolets et m’en tendit un :

« — À quatre pas ! — dit-il, — et feu !

« — Non, monsieur, — lui dis-je, repoussant son arme et pénétré de son sang-froid. — Pas en cet instant, pas devant Madame, mais demain et à l’heure qui vous conviendra.

« — Eh bien, — répondit-il, — demain, à dix heures, et dans ce chemin qui a vu l’injure et qui verra la punition !