Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/191

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Quand il la revit, il l’avait trouvée la même femme. Il semblait qu’elle eût oublié la part extraordinaire qu’elle avait eue à ce duel dont elle avait été la cause. Il osa l’interroger, mais elle lui dit simplement comme si cela expliquait les plus étranges conduites : « Je le haïssais, voilà tout. » Et elle ne répondit plus à ses questions. — « J’espère qu’il vous le rend bien, señora, — lui avait répondu de Mareuil ; — il vous doit un coup de pistolet qui pouvait l’enlever aux plus jolies femmes de son époque. L’amoureux n’en mourra pas. Dieu merci, mais l’amour pourrait bien en mourir. » En disant cela, le comte de Mareuil était-il sincère ? Ne savait-il pas que le mal qui vient de la personne aimée est une raison pour l’aimer davantage, et que les grandes passions savent vivre de ce qui tuerait de médiocres sentiments ?

« J’en faisais alors l’expérience. Déchiré par les plus atroces souffrances de corps et d’esprit, j’idolâtrais la Malagaise qui m’avait infligé toutes ces douleurs. Ma blessure était si dangereuse que je fus pendant plus de deux mois entre la vie et la mort. Cependant, je me soumettais aux prescriptions du médecin avec l’obéissance aveugle d’un homme qui a la passion de guérir. Je voulais guérir pour la revoir. Ce que me disait de Mareuil n’étan-