Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/192

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chait pas mes soifs de cette femme. L’amour, même violent, même convulsif comme je l’éprouvais, n’empêche pas l’exercice de la pensée ; il en double le jeu, au contraire. La haine de cette Espagnole était un double problème qui aiguillonnait autant les curiosités de l’esprit qu’elle exaspérait les désirs du cœur. De plus, je remarquai bientôt que mon tendre ami de Mareuil ne répondait plus à mes questions qu’avec contrainte, et je m’inquiétai fort de cela. Je commençais d’être jaloux. Je me persuadai que de Mareuil était fort embarrassé, dans la position où nous étions l’un vis-à-vis de l’autre, de me parler d’une femme qui peut-être avait fini par l’aimer et qui le rendait heureux. Cette idée ajouta à tout ce que je souffrais. Ce fut là une autre blessure plus incurable que celle de ma poitrine, qui allait chaque jour se cicatrisant. J’aspirais au moment où je pourrais sortir. Je me levais et marchais dans mes appartements, mais le médecin n’en permettait pas davantage. Une fièvre nerveuse, qui tenait plus à l’état de mon âme qu’à une cause physique, me reprenait le soir et me forçait à me jeter au lit. Un de ces soirs-là, je m’y étais mis de bonne heure ; fatigué, n’en pouvant plus, je n’avais pas même détaché ma robe de chambre, tant je m’étais précipité à ce sommeil que j’aimais