Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/195

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jour, vous ne savez comment vous y prendre pour les ramasser.

« — Eh quoi, vous m’aimeriez ! — lui dis-je.

« — Comme une folle, — interrompit-elle avec une passion qui fit sur moi l’effet d’une bouffée de flammes. — J’ai commencé par vous haïr. Mais ma haine, c’était de l’amour encore. Quand je vous ai vu pour la première fois devant Tortoni, cette femme qui vous paraissait si froide était foudroyée. Je ne sais quoi m’avertissait que vous pourriez me devenir fatal et courber un jour cette altière Vellini qui, toute sa vie, se joua de l’amour des hommes ! D’effroi, je me mis à vous haïr avec frénésie. Le mépris que vous fîtes de moi, cette mine hautaine qui me déplaisait par sa hauteur même, mais, malgré moi, imposait à ma pensée et captivait mon souvenir ; ce que le comte de Mareuil me dit de vous et de votre empire sur les femmes ; tout augmenta mon épouvante et ma haine, — car ces deux sentiments étaient en moi. Je suis une orgueilleuse. Votre orgueil blessait et irritait le mien. Quand, à souper chez de Mareuil, vous me parlâtes de votre amour, je crus que c’était la fantaisie blasée d’un homme gâté par les femmes qui vous repoussait vers moi. Vous m’aviez trouvée laide, mais je résistais ! Je ne