Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/201

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Vellini devint ma maîtresse, et elle justifia par des largesses de reine et l’empire des plus inexprimables sensations le titre dont elle était si fière. »

— Sur ce simple échantillon, — dit la marquise, — je comprends déjà vos dix ans. »

— Vous comprenez, n’est-ce pas ? — reprit Marigny, — qu’ils ressemblèrent toujours un peu à ces premiers moments que je viens de décrire. L’amour, dans ses intimités les plus voulues, dans l’abandon de ses habitudes les plus chères, porte éternellement la marque de son origine. On continue de s’aimer comme on commença. L’amour de Vellini s’était nié à lui-même qu’il existât ; il avait combattu avec acharnement contre sa propre violence. Au nom de l’orgueil inquiet et blessé, au nom de l’indépendance de la vie menacée, il avait réagi avec une opiniâtreté furieuse contre l’être qui l’inspirait. Puis il s’était déclaré vaincu et mis aux pieds de son vainqueur, lui offrant la dépouille opime de ses résistances désavouées, altéré du double bonheur de la confiance et des caresses. Mais cet amour ne changeait pas le caractère de Vellini. L’asservissement de cette âme impérieuse, qui s’était rejetée à la haine pour ne pas se livrer à l’amour, ne fut pas si grand, si complet que parfois elle ne se relevât, comme l’acier d’une épée qu’on plie