Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/202

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sur le pavé, de toute sa hauteur, sous ma main. Il avait beau m’être attaché par des liens de feu, ce cœur s’insurgeait souvent contre moi. De mon côté (mystérieuse et naturelle sympathie !), moi, qui n’avais pas cherché comme elle à étouffer dans mon âme la passion qu’elle y avait allumée, je sentais la haine et la colère passer quelquefois à travers l’amour ! Jusque dans l’intimité la plus profonde, ces chocs soudains de nos deux âmes nous refaisaient ennemis armés l’un contre l’autre, et communiquaient quelque chose d’horriblement fauve aux caresses dont nous nous repaissions.

« Mais ce ne fut point les jours qui suivirent le soir où la Malagaise avoua sa défaite que ces choses survinrent ; ce fut plus tard. Tout d’abord nous ne fûmes qu’heureux ; et si le bonheur nous dévora, du moins, nous, nous nous épargnâmes. Je fus bientôt entièrement guéri de ma blessure ; mais je n’avais pas de raison pour sortir d’un appartement où Vellini venait tous les jours. Elle arrivait, furtive et voilée. Quand elle entrait, elle bondissait dans mes bras, et c’était avec les mouvements des tigresses amoureuses qu’elle se roulait sur mes tapis en m’y entraînant avec elle. Marquise, je puis dire ces choses à une femme comme vous. Bien des cœurs, plus ou moins