Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/203

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épris, avaient battu sous ma main, mais jamais je n’avais vu ni éprouvé de tels transports. Il y avait en Vellini un magnétisme secret dont elle me faisait partager l’empire, et qui, pénétrant invinciblement au plus profond de mon être, en partait pour retourner au centre du sien. Je n’aurai point de fausse honte avec vous, marquise, qui vous moquez des hypocrisies de ce siècle. Oui, notre amour, — cet amour qui avait commencé par la haine, et qui avait bu du sang pour s’éterniser, — était surtout physique et sauvage. Seulement la possession, ordinairement si meurtrière, le vivifiait, l’accroissait, au lieu de l’anéantir. Il n’avait pas les langueurs rêveuses ni les contemplations muettes qui prennent les amants rassasiés et les rejettent à la vie de l’âme, entre deux bouchées de caresses. Mais c’est que les sens fatigués n’étaient jamais assouvis ! Vellini, d’entre toutes les femmes peut-être, était la seule qui savait en éterniser les voluptés délirantes.

« Nous passâmes à peu près quinze jours dans cet entrelacement brûlant qui fait si bien oublier le monde à deux êtres, accablés de bonheur… Mon appartement était situé rue de la Ville-l’Évêque, dans le pavillon d’un mystérieux jardin, où les bruits venaient mourir comme la lumière. C’est là que nous