Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/204

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nous créâmes cette solitude nécessaire à l’amour. Je ne recevais personne. À tous ceux qui se présentaient pour me voir, on répondait que j’étais à la campagne. Je voulais par là éviter le comte de Mareuil, dont la conduite, à mon égard, avait été parfaite, et lui épargner le soupçon d’une félicité qu’il aurait peut-être devinée dans mes paroles ou dans mes regards. Et puis, je voulais être libre ! Maîtresse de son temps et de ses démarches, Vellini venait tôt et s’en allait tard. Je l’attendais quand elle n’était pas venue, et quand elle était partie, je recommençais de l’attendre ; cercle de sensations intenses dans lequel je roulais et dépensais les forces haletantes de mon âme ! La vie pour moi n’existait pas hors de Vellini. Je la passais tête-à-tête avec mes souvenirs des jours précédents, de la veille, d’il y avait une heure ! m’enivrant des traces laissées sur les meubles que son corps souple avait pressés, qu’il avait tiédis et où je la cherchais encore… On n’analyse point de telles folies. C’en est même une autre que de les rappeler. Pendant ces premiers quinze jours, consacrés par les bouleversantes surprises d’une volupté torréfiante, par des découvertes dans les jouissances d’un amour qui peut tout et veut tout, je vécus, moi, le Marigny que vous connaissez, marquise, soumis