Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/232

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les âpres rougeurs de la honte. Marquise, j’étais honteux de cela. Quand j’étais loin de Vellini, je me reprochais cette faiblesse. Je me promettais de résister davantage à des désirs que l’amour ne consacrait plus. Mais sa présence emportait mes résolutions dans ce torrent de brûlantes effluves qui s’échappaient de ce corps tant de fois étreint, source de voluptés inépuisables ! Je l’ai vu souvent… même alors, quand l’amour blessé ne sauvait plus l’indignité de nos violences, au sortir d’une scène acharnée (et pour les motifs les plus frivoles), elle s’en venait tourner autour de moi avec son regard luisant et étrange et ses mouvements de jeune jaguar, et nous recommencions d’oublier dans une impérissable ivresse que nous avions depuis longtemps, hélas ! cessé de nous aimer !

« C’est à cette toute-puissante présence que je résolus d’échapper. Dans le monde, au club, avec mes amis, je me retrouvais tout entier. Je me reconquérais homme ; je jugeais nettement ma situation ; je la dominais. Elle m’impatientait et m’humiliait également. Ce n’était plus à mes yeux qu’un mauvais ménage, avec la faculté de divorcer. Je me serais moqué de moi-même, si je n’avais pas usé de cette faculté.

« — Écoutez, Vellini, — lui dis-je un soir,