Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/245

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Quand mes amis me lançaient quelque nom de femme dans une plaisanterie, elle écoutait ces allusions comme si elle n’eût pas dû en être atteinte.

« — Pourquoi donc me dites-vous qu’il aime madame de Solcy ? — répondit-elle un jour à l’un d’eux devant moi. — N’est-il pas libre ?… Croyez-vous que je sois jalouse ? Nous ne sommes plus que des amis, Ryno et moi. Il a le droit d’aimer qui bon lui semble, comme moi de vous aimer vous-même, — ajouta-t-elle avec une cruelle impertinence, — si je le pouvais.

« Je quittai Paris pour quelque temps. J’allai aux îles Hébrides avec cet Écossais qui eut tant de succès dans le monde cette année-là, ce Douglas de Kilmarnock, si célèbre par l’originalité de son esprit et de sa danse, et dont vous devez vous souvenir. Pendant mon absence qui dura près de six mois, on m’écrivit de Paris. On me mandait que la señora Vellini avait pris un amant et on m’en racontait l’histoire. Très certainement, le sentiment qui dictait cette nouvelle à messieurs mes amis était une de ces amabilités que La Rochefoucauld a classées dans son chapitre de l’Amitié, mais dans la position que je m’étais choisie, une telle nouvelle ne devait-elle pas être ce que je désirais le plus ?…

« Nous ne nous étions point écrit, Vellini