Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/246

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et moi ; moi, par calcul, car mon dessein était de rompre entièrement avec un passé qui n’était fort que quand nous étions réunis ; elle, parce que paresseuse comme toutes les femmes de son pays méridional, et, d’ailleurs, emportée par les sensations de la minute actuelle, elle n’avait jamais aimé d’écrire, cette froide manière de phraser l’amour des femmes de France, dont elle se moquait. Excepté ce qu’on me mandait sur son compte, c’est-à-dire le choix extérieur d’un amant (c’était ce comte de Cérisy qui m’avait assisté dans mon duel avec sir Reginald Annesley), j’ignorais la vie qu’elle avait menée pendant que j’étais en Écosse. Seulement, et toujours d’après quelques lettres d’observateurs médisants, ce devait beaucoup ressembler à celle dont elle avait vécu à Séville avant son mariage avec le baronnet anglais. Vous le voyez, ma chère marquise, je ne vous la fais pas meilleure qu’elle n’est. Je vous dis hardiment les choses. Toute autre que vous pousserait les hauts cris et nierait qu’on pût s’intéresser à une pareille créature…

— À qui le dites-vous ! — répondit la marquise. — Nous en sommes à la pureté quand même. Les ultra-politiques ont passé dans les mœurs. N’ai-je pas entendu l’autre jour une de nos plus belles duchesses traiter de fille mademoiselle de Lespinasse parce qu’elle avait eu deux amours ?