Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/247

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« Une femme comme il faut, » nous dit-elle en regardant mélancoliquement la corniche de son salon, « n’en a qu’un seul et elle en meurt. »

Mme la marquise de Flers, l’Érigone des soupers mythologiques de la comtesse de Polignac, répéta cela avec un comique si naturel, que M. de Marigny, par ses mœurs un peu du dix-huitième siècle, se mit à rire de la parodie des hautes prétentions du dix-neuvième qu’il avait souvent vues se gendarmer contre lui dans la personne de ses duchesses.

Mais comme le commérage n’est jamais très loin dans une femme d’autant de monde que Mme la marquise de Flers :

« C’est donc votre Malagaise — reprit-elle — qui a ruiné ce pauvre diable de Cérisy ? »

— Peut-être bien, — répondit Marigny, — car c’est une femme à qui, lorsqu’on la possède, on voudrait, comme ce lord célèbre du siècle dernier : donner les étoiles, si elle s’avisait de les regarder avec plaisir. Or, les étoiles coûtent un peu cher. Mais ce que j’affirmerai sur mon honneur et sur ma vie, c’est que si elle a ruiné Cérisy, ça a été sans rien lui demander, pas même un éventail.

« Quand je revins d’Écosse, — continua Marigny, — j’étais, à ce qu’il me semblait, si bien détaché d’elle que je restai à Paris quelques jours sans la revoir. Je me demandais