Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/258

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que cette dissonance entre ses passions et sa volonté, que cette indomptable vérité de son âme passant à travers toute cette force de dissimulation qu’elle m’avait si souvent montrée et qu’elle tenait du chef de sa mère, la fière duchesse de Cadaval-Aveïro.

« — Tu ne me crois pas, — reprit-elle, — tes yeux sont impies en me regardant ! Eh bien, mets ta main sur mon cœur et raconte-moi tes bonheurs avec ta nouvelle maîtresse, et s’il bat d’une pulsation plus vive, méprise-moi, Ryno.

« Elle avait dans les sourcils et dans les plis du sourire l’audace d’une femme qui eût jouté avec la foudre. Ce gant qu’elle me jetait, je le ramassai. Je ne l’aurais pas dû peut-être. Je n’aurais pas dû ouvrir à une ancienne maîtresse comme Vellini les secrets d’une intimité nouvelle ; mais quelque chose sans doute de plus fort que ma raison même retentit et flambe aux défis ! J’étais toujours le Marigny qui, défié dans un de ses voyages par cette Vellini qui me défiait encore, avais un jour valsé avec elle sur l’étroite et rase plate-forme d’une tour de trois cents pieds de hauteur. Je fis ce qu’elle me demandait. J’osai comme elle. Je lui mis la main sur le cœur, à travers le lacis du corsage ouvert par devant, et je lui racontai mon amour et mes bonheurs avec madame de Men-