Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/260

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pas une foule de choses dans cet amour de patricienne qui combat pour sa dignité, même en se livrant, ou qui la pleure après s’être livrée. Il y avait en madame de Mendoze mille nuances fines qui lui échappaient. Elle ne disait pas comme le monde, qui me trouvait trop aimé de cette femme ; elle disait, elle, que cette froide comtesse ne m’aimait pas assez et qu’elle ne savait pas aimer. Hélas ! elle m’a aimé au contraire au point de se perdre ; mais la fille du toréador appréciait mieux les transports de l’amour que ses dévouements. Quand, interrogé avidement par elle, je lui disais les chastes et sublimes abandons avec lesquels cette tendre femme, qui me sera toujours sacrée et qu’elle accusait de froideur, tombait sur mon cœur et dans mes bras, un pli de mépris crispait ses lèvres : « Tiens ! cela vaut mieux, » disait-elle avec un emportement de vanité étrange et d’ardeur désordonnée, et elle collait cette lèvre méprisante à mes lèvres, avec une passion toujours prête et si souveraine, que je m’indignais pour la femme aimée de l’empire de celle que je n’aimais plus.

« Marquise, ce merveilleux empire qu’elle croyait le talisman du sang bu ensemble et qui n’était pas seulement le talisman des souvenirs, dura plus que mes liens avec madame de