Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/277

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


son pays, toute recouverte de dentelle noire par-dessus le satin luisant, et, sur sa tête, elle avait sa mantille. Mise singulière, en France, où tout ce qui n’est pas la tenue de tout le monde paraît trop hardi. Elle était accoudée, la main contre sa joue, à la balustrade en pierres de la tribune. L’opposition de ses vêtements noirs et de son teint bistré la faisait paraître plus jaune que jamais. Elle avait les yeux tournés vers Mlle de Polastron, qui devenait alors Mme Ryno de Marigny.

Son regard, fixe et profond, était si chargé du magnétisme inexplicable qui n’a pas même besoin d’un autre regard pour fasciner, qu’Hermangarde en sentit la lourdeur oppressive sur ses candides et suaves épaules, voilées de la brume des dentelles. Malgré elle, malgré les ineffables délices dans lesquelles nageait son âme, la mariée distraite se retourna, cherchant vaguement d’où venait cette impression qui l’atteignait et qu’elle dut attribuer à l’orage, car on était au mois de juin et la chaleur accablait.

Quant à la comtesse d’Artelles, elle n’était pas de force à lire dans cet impénétrable regard.

« Ma foi ! — dit-elle, chuchotant toujours avec son vieux vicomte, — vous disiez très bien. Elle est fort laide et l’air effronté de ses