Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/284

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que personne auprès d’elle pût se douter de son supplice. M. de Prosny et la comtesse d’Artelles l’avaient bien reconnue, mais ce qu’elle éprouvait, Dieu seul le vit et en eut pitié. Elle réalisait pour Marigny le mot de sainte Thérèse qui défiait Dieu de l’empêcher de l’aimer, même en la damnant, même en la plongeant dans son enfer. Ce ne fut qu’après que tout fut fini, quand le consummatum est de la félicité pour eux et du malheur pour elle eut été écrit dans le livre du destin, qu’elle sentit l’espèce de fièvre qui l’avait animée tomber et s’éteindre. Tout le temps qu’il y eut quelque chose à voir de la poignante cérémonie pour laquelle elle était venue, elle fut forte de résignation, haletante de curiosité, assoiffée d’un martyre qu’elle voulait souffrir pour le Dieu de sa vie, qui, comme, le Dieu du ciel, ne le verrait pas et jamais ne l’en récompenserait… Mais quand les mariés, la messe dite, eurent descendu la nef, suivis d’un flot de parents et d’amis, à travers la brillante assemblée qui se pressait sur leur passage ; lorsque les derniers bruits des voitures se furent perdus au loin et que l’église, peu à peu redevenue déserte, eut repris son silence accoutumé, la faiblesse revint au cœur de l’infortunée comtesse, et elle crut qu’elle allait mourir. Le sol lui parut tourner autour d’elle. Elle eut peur de s’éva-