Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/57

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ignorait sa fortune : ces deux seules distinctions qu’on respecte. Tout en lui reconnaissant une amabilité de premier ordre quand il voulait causer, on maudissait ses vices, si toutefois une société aussi énervée que celle de Paris peut maudire. Jamais (comme l’avait dit Mme d’Artelles) personne n’avait été l’objet de plus de commérages que M. de Marigny. Les mères avaient beau prendre les airs pincés quand on en parlait devant mesdemoiselles leurs filles ; elles avaient beau s’ingénier à mettre les guimpes les plus montantes aux expressions dont elles se servaient quand la conversation roulait sur M. de Marigny ; bien d’étranges idées s’étaient éveillées dans la tête d’Hermangarde, — cette fière Diane, calme en apparence, mais agitée au fond sans savoir pourquoi, — lorsqu’elle avait recueilli d’une oreille curieuse et discrète quelques bruits épars de tous ces a-parte, étouffés à demi sous les éventails. Ah ! occuper de soi, en bien ou en mal, c’est déjà une force ; et les femmes aiment la force comme tout ce qu’on n’a pas et ce qu’on désire d’un désir vain. Mais si on ajoute à cela de grands torts de conduite, — comme on disait de M. de Marigny, — le dérèglement de la vie, l’épouvante des âmes timorées, on s’expliquera très bien la disposition où ce qu’elle avait entendu jeta Hermangarde.