Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/58

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Loi formidable et éternelle, que toutes les poésies du cœur de la femme la fassent incliner à sa chute !

Il y avait alors, dans la société de Paris, une jeune mariée que M. de Marigny avait compromise. C’était cette comtesse de Mendoze à laquelle, on l’a vu, la vieille marquise avait décoché une allusion si directe. Passionnée et faible, élevée en Italie, où la société n’apprend pas, comme en France, à se défier des mouvements les plus généreux de son cœur, Mme de Mendoze avait aimé M. de Marigny avec une bonne foi qui l’avait perdue. En quelques instants, la passion fit une horrible razzia de tous les dons qui ornaient sa vie. Elle n’était plus belle et elle avait été divine. Les femmes du faubourg Saint-Germain, qui savent glisser dans l’éloge le plus caressant de ces subtils poisons d’ironie auprès desquels les poisons de l’Italie des Borgia, qui enfermaient la mort dans les plis d’un gant parfumé, auraient été de grossières compositions, l’appelaient sérieusement la Diva. On pensait d’elle à cette époque ce que Louise de Lorraine, princesse de Conti, disait d’une des trois grandes maîtresses d’Henri IV, la duchesse de Beaufort : « Celles qui ne voulaient pas l’aimer ne pouvaient la haïr. » Avant que l’amour ne l’eût saisie dans sa griffe de flamme, elle avait été le type