Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/78

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Il faisait un clair de lune perçant et glacé. Le vieux vicomte, qui aimait à marcher après son repas, arriva, tout en chantonnant, rue de Provence. Il monta les quatre étages, qu’il connaissait bien, avec une jambe rajeunie à la fontaine de Jouvence de l’excellent dîner de la comtesse, et sonna à la double porte en tapisserie, qu’une jeune fille splendidement belle vint ouvrir.

« Ah ! c’est monsieur de Prosny ! — dit la jeune fille, un peu étonnée de revoir un ancien visage probablement oublié.

— Lui-même ! — repartit le vicomte. — Comment te portes-tu, mon enfant ? — ajouta-t-il, en passant la main sous le menton royal qui n’appartenait qu’à une soubrette, mais qui n’en était pas honteux. Comme toutes les personnes de son temps, M. de Prosny tutoyait les domestiques. — La señora est-elle visible, ce soir ?…

— Oui, monsieur, » — dit Oliva en débarrassant le vicomte de son manteau. Cette belle soubrette, à la taille de déesse, étalait une beauté étrange et une mise plus étrange encore. Elle avait les cheveux d’un rouge flamboyant, largement tordus sous un peigne d’écaille blonde, les bras nus et une robe de soie. C’était mauvais ton peut-être que cette mise, pour une fille de service chez qui rien n’in-