Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/96

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avait longtemps que je ne l’avais vue et je l’ai trouvée bien vieillie, bien changée, cette chère señora, — et il poussa sa joue avec sa langue, comme s’il eût été réellement stupéfait du changement de Vellini. — Avec votre mariage auquel elle ne devait guères s’attendre, ni vous non plus, vous allez lui donner le coup de grâce, à la pauvre diablesse, de manière que… de manière que… j’ai pensé qu’une visite de condoléance…

— … Faite à l’avance… — interrompit Marigny.

— … Serait une attention de la part d’un ancien ami, — reprit le vicomte, sans avoir eu l’air d’entendre ce que M. de Marigny avait ajouté ; — car, après tout, j’ai toujours aimé la señora, une bonne fille au fond, quoique vive comme le salpêtre, mais une bonne fille, comme je le disais. D’ailleurs, laquelle, même la plus douce de ces pauvres brebiettes du bon Dieu, se verrait tranquillement planter là après une emphytéose de dix ans ? Dix ans ! par le ciel ! c’est une prescription, cela, c’est presque un droit de propriété incommutable, de manière que… je parierais un bon coup d’épée — (l’ancien bretteur se retrouvait toujours chez le vieux Prosny) — que vous ne serez pas quitte de si tôt du chat enragé qu’elle va vous jeter aux jambes, mon pauvre Marigny !