Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/98

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sur le dos comme une morte ou comme une mourante. Elle avait mis un mouchoir sur sa figure pour cacher sans doute ses impressions à Oliva. Elle était tellement accablée, ou tellement refoulée sur elle-même, qu’elle n’entendit peut-être point le pas si connu de Marigny quand il souleva la portière et qu’elle resta gisante, immobile et voilée.

Il y avait dans ce torse ainsi jeté, si délié et si souple, une contraction qui n’échappa point à Marigny, et qui accusait l’effort intérieur ou l’angoisse.

Il s’approcha, la prit subitement et doucement par-dessous les reins et l’enleva ainsi avec sa peau de tigre, comme une mère enlève son enfant dans la mante où elle l’a couché. « Tu souffres ? Qu’as-tu ? — lui demanda-t-il en lui arrachant son mouchoir.

— Je n’ai rien, » dit-elle, prête à l’imposture, cachée, pensait-elle, par sa volonté sous son frêle masque de batiste.

Mais lui, la portant devant une glace : « Regarde comme tu mens ! » dit-il, en opposant le visage livide à la parole indifférente.

Groupe fier et beau, après tout, que cette femme aux pieds bruns et nus, au visage tourmenté, aux larmes dévorées, dans les bras de cet homme sympathique à sa douleur cachée, debout, la tête nue, enveloppé encore du