Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/142

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avec les compagnies et en cas d’assaut, chargent avec leur brancard ; mais les infirmiers.

— C’est presque tous curés, surtout à l’arrière. Parce que, tu sais, les curés qui portent le sac, j’en ai pas vu lourd, et toi ?

— Moi non plus. Dans les journaux, mais pas ici.

— Y en a eu, i’ paraît.

— Ah !

— C’est égal ! L’fantassin i’ prend qu’èque chose dans c’te guerre-là.

— Y en a d’autres aussi qui sont exposés. Y en a pas qu’pour nous !

— Si, dit âprement Tulacque, y en a presque que pour nous !

Il ajouta :

— Tu m’diras – j’sais bien c’que tu vas m’dire – que les automobilistes et les artilleurs lourds ont pris à Verdun. C’est vrai, mais i’s ont tout d’même le filon à côté d’nous. Nous, on est exposés toujours comme eux l’ont été une fois (et même on a en plus les balles et les grenades qu’i’s n’ont pas). Les artilleurs lourds, i’s ont élevé des lapins près d’leurs guitounes et i’s ont fait des omelettes pendant dix-huit mois. Nous, on est vraiment au danger ; ceux qui y sont en partie, ou une fois, n’y sont pas. Alors, comme ça, tout le monde y serait : la bonne d’enfants qui navigue dans les rues d’Paris l’est aussi, pisqu’y a les taubes et les zeppelins, comme disait c’t’andouille que parlait l’copain tout à l’heure.

— À la première expédition des Dardanelles, y a bien eu un pharmacien blessé par un éclat. Tu m’crois pas ? C’est vrai pourtant, un officier à bordure verte, blessé !

— C’est l’hasard, comme j’l’écrivais à Mangouste, conducteur d’un cheval haut-le-pied à la section, et qui a été blessé, mais lui c’était par un camion.

— Mais oui, c’est tel que ça. Après tout, une bombe peut