Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/87

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poussiéreuse un pan d’atmosphère et un carré de la table, allume d’un reflet un couvert, une visière, un œil. Je regarde à la dérobée cette petite fête lugubre, où la gaieté déborde.

Biquet raconte ses tribulations suppliantes pour trouver une blanchisseuse qui consente à lui rendre le service d’laver du linge, mais « c’était chérot, foutre ! » Tulacque décrit la queue qu’on fait devant l’épicier : on n’a pas le droit d’entrer ; on est parqué dehors comme des moutons.

— Et malgré qu’tu soyes dehors, si tu n’es pas content et qu’tu l’ouvres trop, on t’expulse de là.

Quelles nouvelles encore ? Le rapport édicte des sanctions sévères contre les déprédations chez l’habitant et contient déjà une liste de punitions. – Volpatte est évacué. – Les hommes de la classe 93 vont aller à l’arrière : Pépère en est.

Barque, en apportant les frites, annonce que notre hôtesse a des soldats à sa table : les infirmiers des mitrailleurs.

— I’s ont cru prend’ le mieux, mais c’est nous qui sommes les mieux, dit Fouillade avec conviction en se carrant dans l’ombre de ce local étroit et infect – où l’on est aussi obscurément entassés que dans une guitoune (mais qui songerait à faire ce rapprochement ?).

— Vous savez pas, dit Pépin, les gars de la 9e, ils sont vernis ! Une vieille les reçoit pour rien, rapport à c’que son vieux, qu’est mort y a cinquante ans, a été voltigeur dans l’temps. Paraît même qu’elle leur y a donné, pour rien, un bossu qu’i’s sont en train de becqueter en civet.

— Y a du bon monde partout. Mais les gars de la 9e ont eu une rude chance d’être, dans tout l’village, tombés juste sur la piaule où c’qu’y avait l’bon monde !

Palmyre vient apporter le café, qu’elle fournit. Elle s’apprivoise, nous écoute et même nous pose des interrogations d’un ton rogue :