Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/103

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tranquille- sa colle sur son papier jaune ? Sans même lever les yeux, Vintras disait :

— Quelles pensées ? Vous avez quitté vos œuvres, vous avez obéi au faux représentant de Dieu, quand la voix de Dieu vous avait parlé à vous-même. Qu’est-ce qu’un évêque ? Rien, quand il n’a pas Dieu avec lui. Qu’est-ce qu’un pauvre être comme moi, quand il a Dieu avec lui ? Tout. Qu’est–ce que vous étiez, quand vous aviez Dieu avec vous ? Plus encore que moi. Mais vous avez douté. Voilà pourquoi vous avez souffert. Vous doutez encore. Vous venez de vous dire : Qu’est-ce que c’est donc que ce pauvre ouvrier qui me parle comme un maître ? En pensant cela, vous avez insulté l’Esprit. L’Esprit ne vous parlera plus. Allez-vous-en.

En même temps, il fit un geste à Léopold Baillard pour lui montrer la porte, en lui jetant un regard plus impérieux encore.

Mais cette fois, le Supérieur de Sion n’opposa plus orgueil à orgueil. Les quelques phrases prononcées par le Voyant avaient éveillé un écho trop profond dans cette âme de rebelle qui, depuis des semaines, voulait et n’osait pas se formuler cet appel de révolte : Dieu est avec moi, et quand on a Dieu on ne peut pas avoir tort. Un magnétisme émanait